Festival de piano de La Roque d'Anthéron. Jean-Philippe Collard enchante les nuits du Lubéron

Gordes (Vaucluse). Le gentleman pianiste interprète les Préludes de Debussy et de Chopin avec élégance et une rare poésie.

Classé parmi les plus beaux villages de France, Gordes se hisse fièrement sur un piton rocheux qui domine la vallée du Cavalon. En contrebas du château Renaissance, le dos à la montagne du Lubéron, l'éphémère Théâtre des Terrasses, d'une jauge de 500 places, s'offre une programmation estivale.
Avant les « Soirées d'été », du 2 au 12 août, où sont attendus Julien Clerc, Clovis Cornillac et Goran Bregovic, le festival de La Roque d'Anthéron délocalise quelques récitals dans ce lieu improbable pour le piano où l'intimité cohabite avec le plein air. Un cadre idéel pour accueillir le trop rare Jean-Philippe Collard dans son répertoire de prédilection : Debussy et Chopin.
La démarche légère, le regard apaisé, un rien timide, comme s'il s'étonnait encore d'affronter le public, il s'installe au piano où il concentre toute son attention pour s'abstraire des vols d'étourneaux et les agressions des moucherons. Celui qu'une amitié profonde liait à Vladimir Horowitz reste insensible aux sirènes des lectures raffinées, aux belles sonorités creuses et à la plastique vaine. Indifférent aussi à la virtuosité transcendante d'une nouvelle génération de pianistes, avec laquelle ce jeune sexagénaire ne peut pas rivaliser.
Pourtant le piano de cet artiste discret a du caractère, du mordant comme en témoigne son interprétation du premier livre des Préludes de Debussy, poétique et inventive, où ce spécialiste de Fauré dessine chaque pièce avec un toucher qui puise à une riche palette de sonorités. Héritier d'une tradition d'élégance et de pudeur, l'élève de Pierre Sancan laisse parler son cœur, sans tricher avec ses propres émotions mais en gardant ses distances comme dans ces « 24 Préludes » de Chopin, éclairées avec une humanité profonde et portées par une pulsion intérieure avec lesquelles le public s'est identifié.
Le Progrès, Antonio Mafra

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